21/01/2009

Sorties de portefeuille


Le café Tortoni sur le boulevard des Italiens en 1860. Illustration Morin. © Collection L. D

(Registre BB1 de la préfecture de police. Fiche 11: Blanche Bertin. 1872)

"... Eh bien ! l'idée qu'on se fait généralement du boulevard des Italiens ne repose que sur des exceptions. Sans doute, on y rencontre des fashionables ridicules, des boulevardiers, dont l'oisiveté tourne là comme dans un manège ; de petits crevés, des cocodès ; de faux arbitres de la mode et du bon goût, des dissipateurs étiolés, qui usent dans la débauche les dernières lueurs de leur intelligence, le dernier souffle de leurs poumons anémiques. Mais la masse des promeneurs, les gentlemen dont le cab s'arrête devant Tortoni, les habitués des restaurants et des cafés, les abonnés des cercles, sont des hommes très-sérieux : grands propriétaires, capitalistes engagés dans de vastes spéculations, gentilshommes de vieille race, directeurs de Compagnies, administrateurs de chemins de fer, ingénieurs des ponts et chaussées. Dans quelques cabinets de restaurants, des Alcibiades de contrebande soupent plus ou moins gaiement avec des Phrynées échevelées ; mais quels sont les hôtes des cabinets voisins ? ce sont, sans contredit, des gentilshommes aimant les bons morceaux, les bonnes caves, voire la gaudriole ; mais ils devinent des entrées ou des sorties de portefeuille de la Compagnie transatlantique, ou du Crédit mobilier..."

Paris guide : par les principaux écrivains et artistes de la France. 1867