03/07/2009

Près de 400 000 francs


Eugène Janvier de la Motte. Photographie Franck. © Collection L. D
.
"Étant préfet de l'Eure, M. Janvier fut mis en rapport par la proxénète Lang qui demeurait alors rue Pigalle 65, avec Mlle Crénisse. Cette dernière n'était pas heureuse et logeait en garni, mais elle était jolie, aussi M. Janvier a-t-il été très généreux à son égard car dans l'espace de deux années, il a dépensé pour elle près de 400 000 francs. C'était du reste un mari garçon qui ne se gênait pas du tout pour faire venir ses maîtresses de Paris à la préfecture d'Évreux pour les faire assister aux bals et aux fêtes qu'il donnait.
… M. Janvier, après Crénisse, fit la connaissance de Blanche Pierson. Mais cette liaison fut de courte durée (6 semaines environ).
… En outre de ces liaisons, M. Janvier en avait d'autres d'un autre genre, des dames de la société de la ville d'Evreux étaient amenées par lui à Paris, on louait un appartement au Grand-hôtel, le soir on dînait et généralement on présentait à la dame une jeune fille qui avait pour mission de l'initier à certains mystères amoureux qui lui étaient probablement inconnus. M. Janvier assistait à ces sortes de scènes, mais au préalable, il avait soin de faire prendre un masque à la dame pour qu'elle ne soit pas reconnue plus tard par la jeune fille.
Ces soirées, qui lui coûtaient des sommes énormes, l'avaient réduit à emprunter à des marchands d'argent…"

Registre BB1 de la préfecture de police. Fiche 47: Eugène de la Motte. 1872

30/06/2009

Un franc la pièce


"Poupée du Grand-Monde". Photographie Paul Emile Pesme. © Collection L. D

"Le gandin à bonnes fortunes connaît toutes les femmes de Paris. Il a vécu dans leur intimité, il ne les désigne que par leur nom de baptême. Si vous avez le malheur d’émettre un doute sur ses insolents succès, le gandin tire un carnet de sa poche et vous montre un portrait. Ce portrait-carte de visite est la photographie de la femme qu’il calomnie.
Si vous êtes naïf, la production insolite de ce portrait porte la conviction dans votre esprit : “ La malheureuse a succombé, vous dîtes-vous ; ce chimpanzé est plus heureux que je ne le supposais.”
Mais si vous n’êtes pas absolument naïf, vous vous emparez délicatement du précieux carnet, sous le prétexte de mieux admirer la photographie. Vous ouvrez avec précaution la poche voisine, et vous vous trouvez en présence d’une galerie complète, à laquelle il ne manque que les cadres pour garnir un boudoir entier.
Vous passez d’une brune provocante, d’une noire Italienne à une Allemande dorée, d’une Anglaise fauve à une Parisienne cendrée.
Il y en a pour tous les goûts. Mais vous n’êtes pas au bout de vos étonnements. Chacune de ces têtes charmantes appartient à une créature vivante. Chacune de ces créatures vivantes porte un nom retentissant, un titre quelconque : théâtre, demi-monde, baigneuses, diplomatie, noblesse européenne ; chaque carte que vous tournez vous cause un éblouissement nouveau.
Si le créateur vous a doué d’une forte dose de bonhomie et de crédulité, vous vous imaginez que le gandin, qui jouit de votre surprise, est lancé dans l’aristocratie des deux mondes, et qu’il pourrait bien être le plus fortuné des mortels.
Si votre esprit est porté vers le scepticisme, et si vous êtes le moins du monde versé dans les ressources imaginées par les photographes pour faire suer de l’or à la découverte merveilleuse de Niepce de Saint-Victor, vous vous direz simplement :

— Toutes ces bonnes fortunes reviennent l’un dans l’autre, à un franc la pièce.
Et vous serez dans le vrai..."


Paris Vivant, par des hommes nouveaux : Le Gandin. 1861

21/01/2009

Chacun sa rousse


Prince Napoléon Paul Bonaparte , dit "Plon-Plon". Photographie A. A. E. Disdéri.
© Collection L. D

"L’autre soir, le prince Napoléon est entré à l’Opéra ayant à son bras Cora Pearl. Dans la journée même, l’Empereur avait fait une promenade dans la forêt de Compiègne, sous la protection de ses agents de police ordinaires. Chacun sa rousse..."

Henri Rochefort. La Lanterne. 1868

Sorties de portefeuille


Le café Tortoni sur le boulevard des Italiens en 1860. Illustration Morin. © Collection L. D

(Registre BB1 de la préfecture de police. Fiche 11: Blanche Bertin. 1872)

"... Eh bien ! l'idée qu'on se fait généralement du boulevard des Italiens ne repose que sur des exceptions. Sans doute, on y rencontre des fashionables ridicules, des boulevardiers, dont l'oisiveté tourne là comme dans un manège ; de petits crevés, des cocodès ; de faux arbitres de la mode et du bon goût, des dissipateurs étiolés, qui usent dans la débauche les dernières lueurs de leur intelligence, le dernier souffle de leurs poumons anémiques. Mais la masse des promeneurs, les gentlemen dont le cab s'arrête devant Tortoni, les habitués des restaurants et des cafés, les abonnés des cercles, sont des hommes très-sérieux : grands propriétaires, capitalistes engagés dans de vastes spéculations, gentilshommes de vieille race, directeurs de Compagnies, administrateurs de chemins de fer, ingénieurs des ponts et chaussées. Dans quelques cabinets de restaurants, des Alcibiades de contrebande soupent plus ou moins gaiement avec des Phrynées échevelées ; mais quels sont les hôtes des cabinets voisins ? ce sont, sans contredit, des gentilshommes aimant les bons morceaux, les bonnes caves, voire la gaudriole ; mais ils devinent des entrées ou des sorties de portefeuille de la Compagnie transatlantique, ou du Crédit mobilier..."

Paris guide : par les principaux écrivains et artistes de la France. 1867

Un magnifique collier de perles


Prince d'Orange. Photographie A. A. E. Disdéri. © Collection L. D
.
"... Le duc Citron avec qui je suis restée assez longtemps, s'est montré pour moi très généreux. J'ai de lui un magnifique collier de perles..."
.
Emma Cruch. Mémoires de Cora Pearl. 1886

Vingt-cinq louis


Constantin Nigra. Photographie A. A. E. Disdéri. © Collection L. D
.
"... Cette femme est d’origine créole. Elle est brune, très jolie, et paraît âgée de vingt-huit ans environ. Elle demeure dans un magnifique appartement rue Bayard n°8, et est en ce moment très recherchée par les personnages qui fréquentent les maisons de rendez-vous.
Bien qu’elle soit entretenue par un riche américain, elle le trompe volontiers, mais elle n’accorde pas ses faveurs à moins de cinq cent francs. C’est ainsi que dans la première semaine du mois, elle a eu chez une proxénète, des rapports intimes avec les personnes dont les noms suivent :
1° Le comte de Galves ;
2° Le marquis de la Chataigneraie ;
3° Le comte Welles de Lavalette ;
4° Le chevalier Nigra, ambassadeur d’Italie ;
5° Le prince Faticheff.
Tous ces messieurs lui ont remis chacun vingt-cinq louis..."


Registre BB1 de la préfecture de police. Fiche 430 : Walters. 1874

Quinze ducs


Duc d'Aumale. Photographie Caldesi. © Collection L. D
..
(Registre BB1 de la préfecture de police. Fiche 131 : Léonide Leblanc. 1865)

"Un jour, un flâneur très-versé dans le personnel des rues Navarin et Breda, se présente chez une de ces demoiselles :
"Filez, filez vite, le prince est là ?"
Chez une seconde : "Vous allez vous faire pincer, il est là ?"
Chez une troisième : "Vous voulez me perdre ! partez, c'est son heure."
Chez une quatrième : "Montez vite, il est déjà au premier ; vous redescendrez dans une heure."
Il a ainsi compté quinze ducs d'Aumale.
Non-seulement la lorette a inventé les faux duc d'Aumale, mais encore les faux cigares du prince de Joinville ; elle en avait toujours sur sa cheminée une demi-douzaine qu'elle offrait avec mystère, et que les Arthurs fumaient avec une délectation tout à fait dynastique."

Nestor Roqueplan. La vie parisienne : Regain. 1869

Influences


Duc de Morny. Album des Députés au Corps Législatif. Photographie Mayer & Pierson. © Collection L. D

(Registre BB1 de la préfecture de police. Fiche Taté . 1875)

Plusiers milliers de francs


Prince Achille Murat. Photographie Levitsky. © Collection L. D

.(Registre BB1 des archives de la préfecture de police. Fiche 183 : Cora Pearl. 1865)

"... Dans un procès qu'avait Cora Pearl, une de ces anglaises qu'on appelle à Londres des "désespérées" et dont le vrai nom est Emma Cruch, le prince Murat lui avait délivré un certificat signé : Prince Achille, où il attestait le payement d'une somme de plusiers milliers de francs qu'un marchand de chevaux réclamait indûment à la dame en question..."

.Henri Rochefort. Les Aventures de ma vie. 1896
.
Croquis à la plume, encre de chine, vers 1865. © Collection L. D

De l'argent


Duc de Persigny. Photographie A. A. E. Disdéri. © Collection L. D
.
(Registre BB1 de la préfecture de police. Fiche 35 : Feydeau. 1872)

La somme versée


Victor Massena, duc de Rivoli. Photographie Franck. © Collection Ron Sheeley

"… C’était un bourreau d’argent et, pourtant, en prévoyante fille d’Albion qu’elle était, elle avait de l’ordre, beaucoup d’ordre. Nous avons découvert un jour chez elle un registre mirobolant, divisé en trois colonnes. Dans l’une étaient inscrits les noms de ses clients, des noms connus et amis pour la plupart, dans l’autre, et en regard de chacun d’eux, la date de leur… séjour ; dans la troisième… la somme versée par le pèlerin pour le prix de l’hospitalité reçue. Trois noms seulement ne portaient que la mention de la date; la case de la recette était restée en blanc… J’ai comme un soupçon que ces trois joyeux farceurs ont eu par la suite, du fil à retordre. Il y avait même, Dieu me pardonne, dans le fatal registre, une colonne d’observations. Pas aimables pour tout le monde, les observations !…"

Zed. Le Demi-monde sous le Second Empire : Souvenirs d’un sybarite. 1892


2000 francs


Paul Demidoff. Carte de visite. © Collection L. D

(Registre BB1 de la préfecture de police. Fiche 138 : Blanche d'Antigny. 1873. Fiche 210 : Léontine Massin. 1865. Fiche 279 : Gabrielle Moisset. 1873)